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12/09/2010

L’illuminé qui veut brûler le Coran

Pasteur controversé de Floride, Terry Jones promet de détruire 200 exemplaires du livre saint, le 11 septembre. Une croisade qui embarrasse l’Amérique.

Le pasteur américain Terry Jones, le 9 septembre 2010 à Gainesville, en Floride (AFP Paul J. Richards)

Le Tout-Puissant pourrait peut-être encore le ramener à la raison… C’est du moins ce qu’a laissé entendre le «pasteur» Terry Jones qui a promis de «prier» Dieu à propos de l’autodafé d’exemplaires du Coran qu’il veut organiser à la faveur de l’anniversaire du 11 Septembre. Mais «à ce jour», envers et contre toutes les menaces de mort, les admonestations de la Maison Blanche ou des généraux américains en Afghanistan, Terry Jones, 58 ans, assurait hier encore qu’il compte bien brûler le livre sacré de l’islam samedi, «de 18 heures à 21 heures». Il a déjà préparé les bûches, prévu l’emplacement - un champ à côté de son église de Gainesville, en Floride -, et dit avoir reçu environ 200 corans, envoyés par des supporteurs qui ont eu vent de l’initiative grâce à Internet. Le bûcher se veut «en souvenir des victimes du 11 Septembre et pour se dresser contre le mal de l’islam», précise sa page Facebook. Car cet obscur «pasteur» de Floride - à la tête d’une petite communauté pentecôtiste, le «Centre colombe pour aider le monde» - est pour beaucoups une créature d’Internet.

Son église, qui ressemble plutôt à un hangar avec une croix en guise d’enseigne, à la sortie de la petite ville de Gainesville, sert aussi à entreposer des meubles qu’il vend sur eBay. Sur Internet, il fait également la promotion de son livre, intitulé l’Islam, une création du diable, avec les produits afférents, tee-shirts ou tasses à café pour boire en maudissant l’islam… Sur Internet, le pasteur Jones appelle également aux dons (financiers plutôt que des corans, dont il a manifestement assez d’exemplaires) et il semble bien que l’argent soit une motivation importante dans sa démarche. Terry Jones a fait savoir que sa banque lui a demandé le remboursement anticipé du crédit immobilier de son église et son assurance a résilié son contrat. Il a aussi mis en vente, à prix bradé, le terrain de sa communauté, et semble donc avoir de sérieux soucis comptables.

«fanatique». Avant de prendre la tête, en 1996, de cette petite communauté de Floride, le pasteur Jones a longtemps sévi en Allemagne, où il n’a pas laissé que des bons souvenirs. Dans les années 80, après avoir reçu un «message de Dieu», il avait fondé la petite Communauté chrétienne de Cologne. Il y a longtemps œuvré comme missionnaire, avant que cette communauté ne rompe définitivement avec lui en 2008 pour«irrégularités financières», comme disent pudiquement les Allemands.

En 2002, un tribunal d’instance de Cologne l’a condamné à une amende de 3 000 euros pour utilisation d’un faux titre de «docteur» (aux Etats-Unis, Terry Jones n’en continue pas moins à se faire appeler doctor). Son successeur à la tête de la Communauté chrétienne de Cologne, le pasteur Stephan Baar, n’est guère surpris d’ailleurs par ce projet pyromane : «Il est lui-même dans l’état d’esprit qu’il dénonce. Fanatique et prêt à la violence.» Le pasteur Baar se souvient de Terry Jones comme d’un homme qui ne représentait certainement pas «les normes et valeurs de la Bible», mais cherchait plutôt à mettre en valeur «sa propre personnalité».

Grâce à Internet, ce qui n’aurait jamais dû être qu’une provocation locale d’un illuminé isolé, ne représentant pas grand monde - sa communauté de Floride revendique une cinquantaine de fidèles, mais les autorités locales n’en comptent qu’une trentaine -, a pris pourtant des proportions mondiales. Surtout depuis que le général David Petraeus, commandant des forces internationales en Afghanistan, lui a fait une publicité un peu surprenante, en déclarant mardi que ce bûcher de corans pourrait «mettre en danger les troupes» américaines. Quelques centaines d’Afghans ont déjà protesté cette semaine à Kaboul contre cet outrage à l’islam, scandant des «Mort à l’Amérique», brûlant une effigie du pasteur et des drapeaux américains.

Depuis que le général Petraeus s’en est inquiété, tous les médias «sérieux», qui se retenaient d’attirer l’attention sur l’énergumène de Gainesville, se sont mis aussi à en parler, et continuent d’assurer sa renommée. Sa page Facebook intitulée «International Burn A Koran Day» affichait hier déjà 11 000 fans. Elle sert de grand défouloir d’injures et obscénités contre l’islam… mais aussi contre le pasteur Jones qui, même sur Internet, compte nettement plus de détracteurs que d’amis.

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